Algérie - Université Alger II : entre insécurité et laisser aller


afreeknews.com avec l'Afp   15 Décembre 2011 - 07:47


L’Université Alger II (Bouzaréah)



Les étudiants du département d’anglais continuent leur grève en attendant les résultats de la commission installée par le ministère de l’enseignement supérieur et la recherche scientifique. De leur côté, les travailleurs de l’université Alger II (Bouzaréah), voyant leurs revendications insatisfaites, commencent à s’impatienter.



Le campus est plongé dans une sorte de laisser aller. Le recteur de l’université Abdelkader Henni se veut quant à lui, avant tout rassurant.

La station de bus pour étudiants de l’université d’Alger II se situe tout en bas du campus pas loin de Chevalley. Les étudiants pour rejoindre leur département respectif doivent parcourir près de 600 à 700 mètres, voire plus.

Des vendeurs à la sauvette ont élu domicile, à la montée vers le campus, à quelques mètres du grand portail avoisinant un grand garage où sont garés des bus de l’entreprise publique ETUSA.

La station de bus a été inaugurée il y a deux ans. Une station sans bancs pour s’asseoir, ni abri bus. Plus haut vers le département d’Histoire se trouvent les vendeurs à la sauvette. Il semble d’emblée que les frontières de l’université de Bouzaréah ne sont pas délimités. A loisirs tout le monde peut y accéder, écoliers, simples passants ou encore les habitants des quartiers limitrophes …

Au sujet de ces vendeurs installés au niveau de cette entrée, une étudiante avoue « je trouve que ce n’est pas normal mais cela m’arrange car ce n'est plus la peine d’aller jusqu’à la sortie principale pour m’acheter quoi grignoter »

L’accès au campus se fait donc sans contrôle. Un grand portail est ouvert pour laisser entrer les bus. Les étudiants accèdent à l’intérieur de l’université par une petite porte jouxtant le portail. Deux agents de sécurité sont là à regarder passer tout le monde.

« Bouzaréah s’étale sur plusieurs hectares elle est dotée de deux portes principales, avec 13 accès anarchiques ! » avoue Reda, un agent de sécurité que nous avons rencontré lors de notre passage.

Etendue sur 3 hectares l’université d’Alger II échappe au contrôle. Quand on est à l’intérieur, on est perdus, on ne se repère pas. « Un monstre », c’est ainsi que le recteur la qualifie quand on a eu une entrevue avec lui.

État de délabrement …et insécurité au sein du campus

Un enseignant rencontré à quelques pas du département d’Histoire, affirme, « les murs du département sont moisis, l’humidité ronge la bâtisse.Allez -y voir »

Les différents départements que nous avons pu visiter, à l'image de celui d’Histoire, des langues, de psychologie… nous donnent à voir un état de délabrement avancé. Des murs détériorés, les plafinds décorés par les toiles d’araignée et les marches d’escaliers sont quasi moisies.

Les fenêtres, les portes et le sol des salles ne sont pas épargnés par cette détérioration qui s’accentue au fil des ans. Même les nouveaux bâtiments ou les nouveaux locaux récemment érigés cèdent à l’humidité et à l’eau qui s’infiltre durant les journées pluvieuses. Tout au tour des différentes bâtisses, Des tas de détritus sont visibles

Deux étudiants de troisième année qui préparent leur licence en anglais qualifient les conditions de travail d'invivables. L’un d’eux avoue: «j’arrive à 7 h du matin à Bouzaréah et comme on est en hiver, on assiste aux cours dans des salles glaciales ».


En février dernier une fille a été agressée par des étrangers à l'intérieur de l'enceinte universitaire. L’agent de sécurité que noua avons rencontré, nous montre le lieu où a eu lieu l’agression de la jeune fille en compagnie de son ami. L’endroit se situe à quelques pas de la bibliothèque inaugurée par Bouteflika en 2001.

« C’est par là que l’agresseur s’est enfui », nous dit Réda, en nous montrant un grand trou. Il poursuit « je l’avais suivi jusqu’au trou, comme l’endroit est difficle d'accès, on n'a pas pu le rattraper ». Lorsque nous nous sommes rapprochés avec l’agent de l’endroit, nous apercevons un habitant du quartier voisin, qui pour rejoindre sa maison est passé par ce trou. « Regardez ! Ce monsieur est un étranger à l’université, il passe par le trou en guise de raccourci vers sa maison » nous fait remarquer Réda.

Il nous confie « je travaille à Bouzaréah depuis maintenant 13 ans et je peux vous dire que jamais on a été confrontée à des situations aussi flagrantes»

Après la journée de grève observée mardi 6 décembre, les travailleurs de l’université d’Alger II comptent monter au créneau après les vacances d’hiver pour protester contre le climat d’insécurité au sein du campus et revendiquer leurs droits socioprofessionnels, ceux liés au prestations de services et œuvres sociales.

Souhil, un syndicaliste affilié à l'UGTA, trouve que leurs revendications sont fondées et s'insurge « l’insécurité règne à l’université de Bouzaréah, 9 scanners viennent d’être dérobés par des individus inconnus. Nous sommes que 16 agents de sécurité qui assurons la sécurité d’une superficie de 33 hectares et 11départements. Vous trouvez ça normal ?» s’interroge notre interlocuteur.

« Le mur prévu pour sécuriser le site universitaire tarde à venir et le recteur qui nous reçoit chaque fois ne fait que promettre » insiste Souhil.

Explications du recteur de l’Université Alger II, Abdelkader Henni

Le recteur qui nous reçoit dans son bureau, qualifie les revendications des travailleurs d’illégitimes notamment, celle qui porte sur l’inutilité de déménagement des services administratifs à l’université de Beni Messous.

Interrogé sur l'état de délabrement des départements, M Henni explique que : « pour remédier à ça, on a présenté une fiche technique à la tutelle pour la réfection des deux bâtiments, à savoir A et B, la première tranche d’argent nous a été accordée et on est en train de confectionner un cahier de charge. Les deux bâtiments vont être retapés à neuf, il y a toute une procédure et cela prendra du temps. En attendant l’ancien resto et l’ancien foyer vont être transformés en locaux pédagogiques, cela commencera pendant les vacances d’hiver »

A notre question sur l'insécurité qui prévaut à l'intérieur de l'université, le recteur explique : « depuis novembre 2010, on a soumis le cahier de charge du mur à la commission des marchés, il y a une lenteur…là actuellement on a terminé, ça a pris une année, donc on commencera la construction du mur incessamment. Il ne s’agit pas de n’importe quel mur, c’est un mur qui a ses spécificités (caméras, barbelés…), un mur qui s’étale sur 3 kilomètres, d’une hauteur de trois mètres, c’est pourquoi on était très minutieux dans la préparation du cahier de charge du mur qui a pris une année et on s’estime heureux qu’il n’a pas pris plus d’une année. Le marché de l’entreprise de gardiennage a été infructueux au départ mais on est en train de le refaire normalement d’ici janvier on aura notre société de gardiennage »


Hamida Mechaï/EL WATAN

 

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