Mali - Une mutinerie muée très vite en coup d’état militaire


  22 Mars 2012 - 03:59


Des militaires mutins maliens à Bamako quelques heures avant qu'ils ne prennent le contrôle du palais présidentiel



Bamako secoué hier par une descente musclée des militaires du camp Soundjata keita de kati. Les populations de Kati et Bamako ont vécu, hier mercredi 21 mars, une folle journée suite à une mutinerie partie de la ville garnison de Kati.



En effet, très remontés contre leur hiérarchie qu’ils accusent de laxisme, de médiocrité et de mauvaise foi dans la gestion de la crise du Nord, des militaires de Kati ont profité de l’arrestation d’un adjudant-major du camp Soundjata par la Sécurité d’Etat (SE) pour incitation des femmes et des enfants des soldats à la marche de protestation qui s’est déroulée il y a un mois et demi pour exprimer leur ras-le-bol et le malaise généralisé qu’ils vivent depuis bien longtemps.

Après avoir pris en otage, pendant près d’une heure, le ministre de la Défense et des anciens combattants, le Général de division Sadio Gassama, parti pour les calmer, ils ont pillé un magasin d’armes, emporté des armes lourdes et leurs munitions, pris le contrôle de l’ORTM qu’ils ont réduit au silence, livrant le pays à l’expectative et à l’inquiétude . Au moment où nous mettons sous presse, des tirs nourris étaient entendus aux environs de l’ORTM, à Ntominkorobougou et, selon certains, dans l’enceinte du palais présidentiel. L’arrestation non confirmée du président ATT par un capitaine répondant au nom de Amadou Aya Sanogo tend à créditer la thèse d’un coup d’Etat militaire improvisé. D’après une source sécuritaire, tout est parti de l’arrestation mardi soir par la Sécurité d’Etat d’un adjudant-major du camp soundjata keait de kati. Il est soupçonné d’être l’instigateur principal de la marche organisée en février dernier par les épouses et enfants des militaires envoyés au front nord, laquelle après bien des péripéties les a conduits auprès du président ATT à qui ils ont tenu des propos peu emmènes, voire injurieux. En effet, on a entendu certaines femmes très en colère accuser le président de la République de n’avoir pas été à hauteur de mission, d’avoir envoyé les soldats à l’abattoir parce que n’ayant ni armes ni munitions pour se défendre efficacement face à leurs adversaires de loin mieux équipés. D’autres soutiendront que les soldats manquaient de vivres. Le comble a été atteint lorsque le président ATT se verra accuser d’être le complice des assaillants, celui qui les appelait pour leur dire attaquez à tel endroit parce que les militaires manquent de munitions. Voici le président de la République devenu le premier traitre à la nation, celui qui livre son armée pieds et poings liés à l’ennemi. C’est au lendemain de cette audience orageuse au palais de Koulouba que, comme il fallait s’y attendre, la Sécurité d’Etat a ouvert une enquête pour essayer d’en savoir plus sur ce mouvement de colère qui ne lui paraissait pas spontané, loin de là. Cette enquête a abouti à l’arrestation le mardi 20 mars d’un adjudant-major du camp militaire Soundjata Keita de kati. En solidarité avec ce dernier, ses camarades ont décidé de marcher, hier mercredi. Pour les en dissuader, le ministre de la Défense et des anciens combattants, le Général de division Sadio Gassama, s’est rendu à kati pour échanger avec eux. Il leur aurait fait comprendre que le statut de militaire est incompatible avec certains comportements, notamment la protestation publique envisagée. Le ton serait vite monté entre lui et ses jeunes interlocuteurs. Des témoins nous ont rapporté que le Général Gassama a été pris en otage pendant 45mn à une heure et n’a recouvré la liberté qu’avec l’intervention du Comm andant de zone, un Officier très respecté et très écouté. Surexcités, des soldats se sont dirigés vers le magasin de dépôt d’armes qu’ils ont vidé de son contenu puis ils ont commencé à tirer en l’air dans la ville de kati. Dans l’après midi, ils sont descendus à Bamako, à 15 km de leur base et ont réussi à prendre le contrôle de l’ORTM après avoir ordonné à son personnel d’évacuer les lieux. C’est la raison pour laquelle l’ORTM a cessé d’émettre jusqu’à une heure tardive de la nuit malgré l’affichage sur les écrans des téléviseurs d’une « déclaration des militaires » qui n’a pu être diffusée jusqu’au moment où nous mettons sous presse.

L’occupation de l’ORTM, les tirs entendus autour du camp des paras commandos (les fameux bérets rouges) de Djicoroni, plus encore du palais présidentiel de Koulouba où le président ATT aurait été mis aux arrêts par un certain capitaine Amadou Aya Sanogo semblent créditer la thèse que d’une simple mutinerie l’on s’achemine vers un coup d’Etat militaire. Quoi qu’il en soit cette situation résulterait de la crise qui prévaut au nord Mali depuis les attaques lancées à la mi janvier dernier par des bandits armés appuyés par des éléments terroristes d’AQMI contre plusieurs localités que l’armée a du évacuer en raison de son infériorité numérique et de l’insuffisance de ses moyens militaires. Les observateurs les plus indulgents s’accordent à constater que ces localités du nord sont tombées avec trop de facilité aux mains des assaillants il est vrai plus nombreux et surtout dotés d’armes sophistiquées puisées dans le stock de l’ancienne armée de feu Mouammar Kadhafi. C’était un secret de polichinelle et les épouses des militaires ne se sont pas gênées pour le jeter à la figure du président ATT que les militaires des camps attaqués sont morts parce que insuffisamment armés ou même manquant souvent de vivres comme c’est arrivé tout récemment avec le camp de Tessalit. Aux yeux des militaires mutins, l’arrestation par la Sécurité d’Etat de leurs camarades était don injuste et il était dans son plein droit d’organiser les femmes du camp Soundjata Keita pour protester pacifiquement auprès des plus hautes autorités et les appeler à leur responsabilité. En voulant marcher eux-mêmes, ils entendaient inscrire leur action dans la même veine, réclamé des moyens militaires conséquents pour mettre l’armée en situation d’accomplir sa mission de préservation de l’intégrité du territoire national et de protection des populations civiles et de leurs biens. Il semble que leur patriotisme a été mis à mal lorsque le bruit a circulé que la CEDEAO et l’Union africaine pourraient mobiliser des troupes africaines pour porter secours au Mali dans la reconquête des portions de son territoire qu’il a perdues. Pour eux, le Mali n’a pas besoin d’un appui quelconque de qui que ce soit pour recouvrer ses territoires perdus. « Nous avons juste besoin que la hiérarchie se montre à la hauteur en envoyant au front ce qui est destiné au front et qui malheureusement est détourné à d’autres fins. Nous sommes déterminés à défendre l’intégrité territoriale de notre pays » nous ont confié certains militaires.

Maintenant que va-t-il advenir ?

Ce qui porte toutes les apparences d’un coup d’Etat militaire va-t-il être consommé ? Dans ce cas, les nouveaux tenants du pouvoir, qui ne semblent pas prêts à l’exercer à en juger par tout le cafouillage constaté autour de la diffusion de leur déclaration à la télévision, devront faire face à plusieurs difficultés. La première sera de se faire accepter par toutes les composantes de l’armée nationale, ce qui ne parait pas évident. Une autre difficulté et pas la moindre sera d’obtenir l’onction des forces vives de la nation à savoir les partis politiques, les syndicats, les organisations de la société civile et plus encore celle de la communauté internationale : d’abord la CEDEAO et l’Union africaine dont on connait l’hostilité à tout recours à la force pour régler les problèmes quels qu’ils soient, l’Union européenne, les Etats-Unis d’Amérique, le Japon dont on sait l’attachement au respect strict des principes et des valeurs démocratiques. Et quant on sait que ces Etats et entité sont les plus gros bailleurs de l’économie malienne, on devine l’impasse dans laquelle les nouveaux maitres du pays vont rapidement trouver.
Une mutinerie serait finalement un moindre mal à la fois pour les mutins eux-mêmes et pour l’ensemble du pays. Le Burkina Faso voisin s’est trouvé aux prises avec une situation bien plus grave l’an dernier. Comme une épidémie, la mutinerie a gagné plusieurs contrées du pays. Des actes de pillage ont été commis, des dégâts matériels importants ont été enregistrés. Pire il y a eu des morts et des blessés et tous les observateurs donnaient le président Blaise Compaoré sur la fin de son long règne de 24 ans. Il y a survécu et le Burkina a entrepris de se relever économiquement. Il faut espérer que le dialogue puisse prévaloir entre ATT et ses jeunes contempteurs, qu’ils puissent s’accorder sur les moyens à mettre en œuvre pour anéantir le banditisme armé à l’origine de la situation créée et que le processus électoral en cours soit sauvegardé.


Djakaridia Yossi / Quotidien l'Indépendant

 

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